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qu'en est il du mouvement natural hair en afrique : le cas du Bénin


Inesthétiques, rebutants, sales… Tels étaient les adjectifs qui caractérisaient autrefois les cheveux crépus et frisés. Aujourd’hui, rares sont ceux qui oseraient encore tenir pareil discours. Et pour cause. Le mouvement natural hair est plus que jamais d’actualité, autant en Amérique qu’en Europe. Mais, si l’occident et la patrie de l’Oncle Sam ont fait des progrès sur l’acceptation des cheveux aux mille frisettes, qu’en est-il du mouvement natural hair en Afrique  ? Cet article vous répond au travers de l’étude des tendances dans un pays d’Afrique francophone : le Bénin.


Le Bénin avant la mode nappy

Comme tous les pays d’Afrique subsaharienne, la terre des amazones n’a pas échappé aux ravages de la colonisation. En tête de liste, l’effacement culturel et rejet de soi.

Le cheveu crépu autrefois symbole d’authenticité devient peu à peu un défaut, une abomination, une honte… Dès lors, vers la fin du XXe siècle, des milliers de crèmes défrisantes inondèrent le marché béninois.

Et il faut reconnaître que les entreprises cosmétiques derrière ces « produits de beauté » ont eu le nez creux. Le défrisage se popularisera à une vitesse exponentielle et la mode des cheveux lisses ira bon train, même après l’entrée dans le troisième millénaire.

2018 : L’année du changement ?

À partir de 2012, le style nappy s’insinue lentement, mais sûrement dans les mœurs africaines. De plus en plus de femmes délaissent leurs fers à lisser et leurs pots de crèmes défrisantes pour arborer leurs cheveux au naturel.

Cet élan d’acceptation de soi reste néanmoins marginal dans de nombreux pays du continent et notamment au Bénin. Heureusement, le changement ne se fera pas attendre éternellement.

En effet, l’année 2018 marque un tournant dans le rapport des Béninoises avec leur chevelure.

Nombre de femmes, principalement des adolescentes et de jeunes adultes, font couper les cheveux pour ensuite les laisser repousser au naturel.

Les premiers sondages et interviews en faveur du natural hair apparaissent çà et là dans les médias. Et, en parallèle, de plus en plus de salons de coiffure ajoutent les soins curl, les locks et les twists à leur enseigne.

L’année 2019 est également le théâtre d’une innovation non négligeable : Miss crépue Bénin. Ce concours de beauté, initié par le salon de coiffure spécialisé en soins capillaires Be Natural, met en compétition des jeunes femmes aux cheveux naturels.



crédits photos : @Bricephotography pour Miss Crépue Bénin


Quelles sont les raisons à l’origine du retour au cheveu naturel au Bénin ?

L’impact du mouvement Nappy

Né aux États-Unis, le mouvement Nappy est la dénomination francophone du « Natural Hair Movement ». Elle résulte de la contraction des termes « natural » et « happy », traduits littéralement : naturelle et heureuse.

C’est par ce mouvement, apparu dans les années 2000, que la réappropriation culturelle des personnes d’origine africaine s’enclenche. Ses adeptes portent haut et fort un message longtemps ignoré : « les cheveux texturés sont beaux ».

Bientôt, ce slogan connait un retentissement international, d’abord en Europe, avant de s’étendre aux pays d’Afrique francophone tels que le Bénin.

L’influence des stars et personnalités publiques

Rihanna, Beyoncé, Ciara, Cardi B… Il n’y a pas qu’en Occident que ces noms font écho.

Les plus grands tubes de ces chanteuses parviennent régulièrement aux oreilles des jeunes Béninois et leurs images avec.

Ainsi, quand l’interprète de King pose avec ses cheveux naturels en couverture de Vogue ou que Cardi B se déhanche en agitant ses tresses ornées de perles, difficile de ne pas les imiter.

Les jeunes filles n’hésitent d’ailleurs pas à se présenter chez leur coiffeur avec des clichés de leurs idoles, comme en témoignent certains professionnels du domaine. Bien entendu, à l’ère des réseaux sociaux, les influenceuses ne sont pas en reste dans la transition vers le naturel.

Notons qu’en dehors de ces célébrités, une personnalité influente se démarque par son attachement à ses cheveux d’origine au Bénin. Il ne s’agit de nul autre que de la Première Dame du pays, Madame Claudine Talon.

À chacune de ses apparitions publiques, l’épouse du président, très appréciée pour son engagement auprès des femmes et des enfants défavorisés, porte fièrement ses twists.

La réappropriation culturelle

Si le natural hair fait autant l’unanimité, c’est bien parce qu’il rime avec identité et authenticité. Beaucoup le décrivent même comme un retour aux racines et aux valeurs africaines.

Plus besoin correspondre à un idéal, vestige d’une époque où le Noir n’était qu’une mauvaise copie du Blanc. Au travers de la tendance nappy, la beauté noire est célébrée dans toute sa singularité.



Les ravages des produits défrisants

Oui. Rihanna enflamme la Toile avec de magnifiques photos de ses cheveux texturés. Oui. La chanson « Don’t touch my hair » de Solange Knowles est entraînante et cumule des millions de vues. Et oui. L’amour de soi, c’est beau.

Cependant, une raison plus obscure se cache derrière l’abandon des crèmes défrisantes et des lissages sans douceur. Ce sont les dégâts qu’ils engendrent. Cela est surtout vrai pour les crèmes défrisantes, parfois lourdement dosées en soude.

Et, sur la fibre capillaire, les conséquences sont sans appel : lésions et brûlures à la tête, irritations du cuir chevelu, pellicules, cheveux fragiles et cassants, alopécie…

Hélas, les dommages sont encore plus pernicieux sur le long terme, se matérialisant sous la forme de perturbations hormonales et de cancers.

De nombreuses Béninoises, au fait de ses risques, transitent vers le Natural hair soit pour les éviter, soit, malheureusement, parce qu’elles en ont déjà fait les frais.



Et maintenant ?

Au Bénin, le style nappy est encore d’actualité et rallie toujours plus de femmes à sa cause.

Néanmoins, l’acceptation des chevelures crépues ne signe pas la fin des complexes chez toutes les Béninoises. Plusieurs dissimulent encore leurs cheveux naturels sous des perruques ou derrière des tresses.

Pourquoi ?

Eh bien, les tignasses texturées nécessitent des soins aussi particuliers que réguliers. Contraignant pour les femmes peu habituées aux crinières naturelles et difficiles à dompter.

Notons également que même s’ils prétendent le contraire, certains instituts usent de produits et de méthodes inadaptés aux cheveux de ces dames. Résultats : des shampoings bâclés et des tresses si serrées que la fibre capillaire étouffe.

Toutefois, les progrès se poursuivent et il ne fait aucun doute qu’au Bénin, la mode du Natural hair a encore de beaux jours devant lui.

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